Interview Exclusive de Benoit Grassin de Pixpay

Interview Exclusive de Benoit Grassin de Pixpay

Qu’est-ce que Pixpay ?

Pixpay est une néo-banque pour les adolescents âgés de 10 à 18 ans, une cible aujourd’hui délaissée par les banques traditionnelles.

Elle propose un compte bancaire, une carte de paiement et une application mobile sur laquelle l’adolescent pourra, entre autres, suivre son solde.

Les  parents pourront, quant à eux, y verser de l’argent de poche de manière ponctuelle ou programmée. Ils pourront également contrôler l’utilisation de la carte grâce à des notifications de transaction en temps réel et à des restrictions d’achat qu’ils vont pouvoir paramétrer et ajuster en fonction de la culture familiale et de l’âge de l’adolescent.  

Comment avez-vous eu l’idée de créer Pixpay ?

Nous nous sommes rendu compte que le moyen privilégié  par les familles aujourd’hui pour distribuer de l’argent de poche à leurs enfants est le cash. Ce qui est une aberration pour trois raisons. D’abord parce que les adolescents n’en veulent plus. Ensuite parce que c’est le moyen le moins sûr pour distribuer de l’argent de poche. Et enfin, on constate que même les parents sont déjà dans l’économie cashless ; par conséquent, ce n’est pas pratique pour eux de donner des espèces.

On constate également que le taux d’équipement de cette cible en solutions bancaires est inférieur de 15 % à la moyenne nationale. C’est pour répondre à ce constat que nous nous sommes lancés sur ce segment, avec une version digitalisée de l’argent de poche.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre modèle économique ?

Notre modèle repose sur un abonnement à 2,99 euros par mois et par enfant, sans engagement, qui inclut l’intégralité du service. Il est différent du modèle des néo-banques « classiques », à l’image de Revolut et N26, où le service de base est gratuit, avec des options premium payantes à un tarif beaucoup plus élevé. Elles se rémunèrent par conséquent sur les transactions réalisées, les produits additionnels vendus et la data commercialisée.

Notre modèle est assez simple et transparent. Etant donné que le compte est sans découvert possible, il n’y a pas de frais d’intervention ou de traitement.

Quels sont vos concurrents ?

Sur le segment des adolescents, nos premiers concurrents sont les banques traditionnelles. Elles sont là depuis toujours et proposent des offres à des prix très variables mais avec des niveaux de services peu adaptés. Ce sont toutefois elles qui équipent 99 % des adolescents via leurs offres jeunes.

Nous essayons de faire comprendre aux familles et aux adolescents que nous ne faisons pas la même chose, nous n’abordons pas le service de la même manière.

Les banques ont adressé le segment des mineurs en les considérant soit comme de futurs clients, soit comme les enfants d’un client actuel, mais jamais comme clients en tant que tels. Notre conviction est donc qu’elles ont sous-estimé la valeur de cette cible.

Il y a aussi quelques pure players qui regardent ce marché, qui présente encore des opportunités. Il y a des projets qui émergent en France mais aussi à l’étranger. Les précurseurs sont les Anglais, à l’instar de Go Henry qui est un acteur assez ancien mais qui a connu un beau succès sur le segment de la néo-banque mobile dédiée aux mineurs. Dans l’Hexagone certaines start-up tentent aussi de s’imposer sur ce nouveau créneau. C’est un marché qui attire de plus en plus d’acteurs.    

Comment Pixpay se différencie d’eux ?

Nous pensons qu’avec un produit plus avancé d’un point de vue technologique, des fonctionnalités et des cas d’usage adaptés, mais aussi un investissement marketing un peu plus suivi et précis sur cette cible-là, nous pourrions faire la différence.  

Où en êtes-vous dans le lancement ?

Nous serons en version bêta privée à partir du mois de juin et pendant tout l’été. Les bêta testeurs vont nous aider à tester et finaliser le produit, mais aussi nous faire des retours sur la manière dont nous le présentons, car l’usage des adolescents est assez particulier.

Le vrai lancement commercial se fera en septembre, sur la base des retours que nous aurons eus.

Comment allez-vous utiliser les 3,1 millions d’euros que vous venez de lever ?

Les fonds nous permettront dans un premier de renforcer l’équipe ; nous sommes actuellement 12 et nous serons 20 en juillet.

Dans un second temps les fonds seront utilisés pour préparer le lancement de l’activité, en investissant sur la marque et l’acquisition client. Nous sommes convaincus qu’il faut proposer une véritable expérience mobile. Nous allons beaucoup investir sur le produit, car les adolescents sont habitués à des expériences mobiles de haut niveau. C’est d’ailleurs l’un des principaux freins à l’équipement des offres bancaires, car elles ne fournissent pas un assez bon service en mobilité.

Envisagez-vous un développement au-delà de la France ?

Nous avons comme ambition d’aller rapidement dans le reste de l’Europe. En partant de l’Europe continentale, frontalière à la France (Espagne, Italie, Suisse et Belgique), puis en élargissant vers l’Est. Il y a aussi deux marchés que nous regardons de très près, qui sont l’Allemagne et la Pologne.

Un jour nous pourrions aussi attaquer les précurseurs au Royaume-Uni, mais cela dépendra notamment du Brexit.  

Pixpay est en train de mettre en place des partenariats avec des marques pour permettre à leurs futurs clients d'obtenir des remises ou encore du cash-back. Quels autres services envisagez-vous ?

Nous avons deux types de services : des fonctionnalités pour aider les parents à faire de l’application un outil pédagogique et d’autres pour l’adolescent afin de lui apprendre à mieux gérer son argent.

Pour les parents, nous proposons déjà une sorte de sous-compte qui s’appelle coffre-fort. L’utilisateur pourra y mettre de l’argent qui sera bloqué et que seuls les parents pourront débloquer. La contrepartie de cet argent bloqué est que les parents vont pouvoir rémunérer le compte via un taux d’intérêt fictif. C’est une manière un peu différente de gagner de l’argent de poche et l’occasion d’expliquer aux adolescents ce qu’est un taux d’intérêt.

Nous réfléchissons aussi à connecter le compte avec un vrai compte épargne. Avec l’initiation de virement et l’Open-banking, nous pourrons donner à l’adolescent des moyens de placer son argent.

Il y aura aussi la rémunération à la mission ou à la tâche. Les parents vont pouvoir définir une liste de travaux ou de missions et l’adolescent devra les réaliser pour être rémunéré.

Pour les adolescents, nous avons prévu un certain nombre de fonctionnalités qui vont leur permettre d’épargner. Dans un premier temps, ils vont pouvoir créer des cagnottes dédiées pour un projet donné, comme l’achat d’un vélo par exemple. Ils auront aussi la possibilité de l’ouvrir à d’autres utilisateurs afin de leur permettre d’y contribuer.

Quels sont vos projets et perspectives pour les prochaines années ?

Nous espérons d’abord réussir le lancement en septembre. Notre ambition est d’atteindre les deux millions d’abonnés en Europe d’ici cinq ans.

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