Interview exclusive d'Alexandre Prot de Qonto

Interview exclusive d'Alexandre Prot de Qonto

Quelle est la genèse de Qonto et son positionnement sur le marché ? Quelles sont ses spécificités par rapport à ses concurrents sur le marché de la banque pour les professionnels ?

Nous avons commencé à travailler sur le service en janvier 2017 et l’avons lancé en juillet 2017.

La genèse de Qonto est assez simple. Steve, mon associé, et moi avions monté une première société en 2013 [NDLR : Smokio, rachetée en 2016]. Comme n’importe quelle PME, nous avions besoin d’un compte pour gérer nos finances, payer nos fournisseurs et nos salariés. Nous avons été déçus par les services proposés par les banques traditionnelles et nous avons voulu faire mieux.

Avec Qonto, nous nous sommes attaqués à trois points de frustration majeurs : les outils qui n’étaient pas modernes et fluides ; le support et le service client, dont la réactivité et la qualité ne répondaient pas à nos attentes ; et la tarification qui paraissait très élevée mais surtout peu compréhensible. Aujourd’hui, avec Qonto, nous avons un délai de réponse de 14 minutes pour nos clients et un support ouvert du lundi au samedi.

Nous nous sommes focalisés sur les professionnels, car c’est un segment beaucoup plus vierge que celui des particuliers et que personne ne s’adressait correctement aux PME.

Concernant notre spécificité, nous faisons partie de la troisième vague d’innovation bancaire en Europe, après celle des banques en ligne des années 2000. Mais nous avons été les premiers à être une néo-banque 100 % BtoB en Europe.

Qonto vient d’atteindre les 3 milliards d’euros de transactions traitées ; un chiffre qui a doublé en l’espace de 5 mois. Comment expliquez-vous cette croissance exponentielle ?

L’attraction s’explique par le fait que notre produit répond à un vrai manque. Et nous avons beaucoup bénéficié du bouche-à-oreille.

De plus en plus de TPE et PME françaises se tournent vers nous car elles ne sont pas satisfaites de ce que leur proposent leurs banques. Nous devenons alors leur deuxième banque. Une part significative de nos clients sont aussi des entreprises en création, qui ouvrent un premier compte pour s’immatriculer.

Mais quel que soit le cas de figure, c’est la qualité des outils, du service et la transparence des tarifs qui les attire. C’est la raison pour laquelle nous avons atteint les 40 000 clients, chiffre que nous avons annoncé il y a quelques semaines.

Vous avez aussi réalisé une levée de fonds de 20 millions d’euros en septembre dernier. Quel bilan tirez-vous à l’heure actuelle et comment avez-vous utilisé cette levée de fonds ?

Ce n’est pas un secret, ce que nous faisons coûte cher. D’abord parce que c’est compliqué techniquement, mais aussi parce qu’il faut maîtriser plusieurs fonctions à l’image du risque, de la lutte contre la fraude, de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Nous avons levé ces fonds pour créer le meilleur produit possible. A ce titre, près de la moitié de l’équipe est composée de développeurs et de Project Managers et Designers.

Le deuxième objectif est le plan marketing. Nous essayons de nous faire connaître, par de la publicité en ligne sur les réseaux sociaux.  

Où en est votre projet d’extension européenne ?

Nous voulons effectivement répliquer en Europe notre succès en France. Notre levée de fonds devrait nous permettre de financer cette extension.

Le lancement de l’Italie, de l’Espagne et de l’Allemagne sont imminents et devraient se faire depuis Paris, car nos équipes sont internationales, avec plus de 30 nationalités représentées.

Nous avons porté notre choix sur ces trois pays en priorité, car c’est là que se trouve le plus gros potentiel dans la zone européenne. Le Royaume-Uni était aussi un candidat pour notre extension, mais nous avons changé nos plans suite au Brexit.

Prévoyez-vous de compléter vos offres avec de nouveaux services ?

Nous ajoutons de manière continue des fonctionnalités à notre service. Elles peuvent être de type bancaire, comme par exemple la possibilité de faire des virements SWIFT, alors qu’aujourd’hui nous sommes connectés uniquement au système SEPA, ou encore de pouvoir payer via des wallets comme Apple Pay. Nous améliorons aussi nos interfaces en y ajoutant des fonctionnalités comme la gestion des dépenses en équipe, la facilitation de la comptabilité, la détection automatique du montant de TVA sur une facture ou encore les process de validation en équipe.

Qonto a obtenu son statut d’établissement de paiement en septembre, avez-vous des projets d’Open-Banking en cours ? Prévoyez-vous des partenariats avec d’autres acteurs ? 

D’ici la fin d’année, nous allons proposer notre API pour que les tiers puissent agréger ou initier des paiements sur les comptes de nos clients.

Côté partenariat, nous allons bientôt faire une annonce avec un gros assureur français. Pour nos clients qui sont souvent des sociétés en création et qui par définition doivent s’équiper en termes d’assurance, c’est une évolution assez naturelle.

En ce qui concerne le crédit, nous ne pouvons pas le proposer nous-mêmes pour l’instant, mais nous étudions différentes options car c’est un besoin de nos clients et des PME en général.

Quels sont vos objectifs en termes d’ouverture de comptes pour 2019 et les années à venir ?

Nous ne communiquons pas d’objectifs parce qu’ils ne sont pas précis en interne. Nous avions il y a quelques semaines 40 000 clients et nous espérons les multiplier notamment avec l’ouverture prochaine dans trois pays. Nous visons des centaines de milliers de clients dans les années à venir. Notre objectif globalement est d’être très significatif en termes de part de marché sur les segments TPE et PME en Europe dans les prochaines années.

Quand prévoyez-vous d'atteindre votre seuil de rentabilité ?

Dans notre projection c’est pour d’ici deux à trois ans. Pour l’instant notre plan se déroule un peu près comme prévu. Cela dépendra du rythme d’ouverture dans chaque pays, des investissements marketing mais aussi de certains éléments réglementaires.

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