[Interview exclusive] Antelop, le partenaire digital des banques sur le paiement NFC sur mobile et l’authentification forte

[Interview exclusive] Antelop, le partenaire digital des banques sur le paiement NFC sur mobile et l’authentification forte

Face à un marché français de plus en plus saturé, le spécialiste du paiement NFC s’est tourné vers l’étranger. La FinTech parisienne se positionne également aujourd’hui sur l’onboarding des clients sur mobile et l’authentification forte. Entretien avec Nicolas Bruley, CEO d’Antelop Solutions et Timothée Grüner CCO de la FinTech.

Quelques mots sur la genèse d’Antelop ?

Nicolas Bruley (NB) : « L’histoire d’Antelop remonte à 2014. Nous étions trois collaborateurs de Visa dont deux travaillaient sur le paiement mobile.

A cette époque, ce nouveau mode de paiement émergeait mais avec beaucoup de contraintes, induites par la carte SIM (opérateurs télécoms, business model, process de certification).

Il y a eu une première ouverture chez BlackBerry, qui se passait des opérateurs télécoms, puis surtout chez Android, avec un impact beaucoup plus fort, puisqu’il détenait 80 % du marché.

Face à cette évolution, nous avons décidé de nous lancer et de développer une première version du paiement mobile sans contact, que nous avons commercialisée par la suite auprès des banques. Nous avons d’abord mis en place un Proof of Concept chez Sodexo, puis un lancement commercial chez Crédit Mutuel Arkéa. 

Les débuts n’ont pas été évidents, mais nous avons été les premiers au monde à avoir la certification de Visa en matière de sécurité. »

Quels sont votre positionnement et l’étendue de votre offre ?

Nicolas Bruley (NB) : « A nos débuts, nous nous sommes concentrés sur le paiement mobile HCE. Puis, dès que Visa et Mastercard ont annoncé qu’ils avaient leur propre TSP (Token Service Provider) et que les banques devraient s’y conformer, nous avons réorienté notre solution.

Nous avons par la suite lancé un deuxième produit, l’Issuer TSP Hub. Il s’agit d’une interface d’API entre Visa, Mastercard, CB/STET, Idemia et les banques, destinée à la gestion des cartes tokenisées (Apple Pay, Samsung Pay, etc.). Avec cette solution, nous gérons une partie des projets mis en œuvre avec Visa et Mastercard, ce qui soulage les banques qui ne sont plus obligées de dédier des ressources à la mise à jour des tokens. 

Nous nous sommes ensuite tournés assez naturellement vers l’authentification forte. Notre solution a été conçue pour être intégrée dans les cas d’usage les plus classiques des banques, dont les parcours 3D-Secure. Ainsi, une banque qui souhaite intégrer à la fois une offre de paiement mobile et une solution d’authentification forte pourra disposer des deux dans le même SDK que nous lui fournissons.

Notre originalité vient de notre capacité à combiner plusieurs systèmes d’authentification. Demain, nous serons en mesure de mettre en place de la biométrie faciale, voire d’autres solutions biométriques. »

TG : « Il était assez naturel pour nous de développer une offre de Digital Banking en marque blanche. Aujourd’hui nous proposons un SDK totalement unifié, qui permet le paiement sans contact, l’authentification forte (avec un niveau de sécurité que nous pensons au-dessus du marché) et la capacité d’onboarder un client qui veut ouvrir un compte bancaire à distance, en vérifiant la pièce d’identité d’une manière assez simple et avec le même niveau de sécurité que sur les deux premières briques.

Pour cela, nous avons noué un partenariat technologique avec la société Ubble, dont nous avons intégré la solution dans notre SDK (Android et iOS). Avec un flux vidéo sécurisé, elle permet d’analyser plus de 300 points de sécurité par document, avec une couverture géographique très large (passeport, carte d’identité nationale de chaque pays ou permis de conduire). Elle permet aussi de faire un selfie dynamique ;  son algorithme vérifie que la personne est réelle et qu’il ne s’agit pas d’un robot. Il en sort en temps réel un score et donc un niveau de confiance qui est retourné à la banque et qui permet de valider l’onboarding à distance, en fonction des contraintes réglementaires de chaque pays en Europe.

La compétitivité, l’agilité et la sécurité sont dans l’ADN d’Antelop. »

« Avec le paiement mobile, l’authentification et le video KYC, nous avons trois piliers essentiels au fonctionnement des services  bancaires mobiles à la pointe de la technologie. »

Quelle est votre couverture géographique aujourd’hui et avec quel type de clients travaillez-vous ?

TG : « Nous sommes présents dans 15 pays, essentiellement en Europe. Nous avons des clients en Amérique Latine et nous sommes aussi présents au Moyen Orient pour couvrir les besoins en matière de Digital Payment, de tokenisation et de paiement NFC. Nous servons plusieurs banques notamment en Jordanie. Nous travaillons beaucoup avec S2M. Notre stratégie de distribution via des partenaires marche bien jusqu’à présent. »

NB : « Nos clients sont principalement des banques, mais aussi des émetteurs de cartes Visa, Mastercard ou autres. Nous faisons 90 % de nos activités à l’étranger. Nous avons un client dont l’implémentation est en France, mais tous les autres sont présents en Colombie, au Brésil, en Roumanie, en République Tchèque, en Grèce, en Jordanie et au Maghreb.»

Comment vous différenciez-vous de vos concurrents ?

TG : « Par rapport à d’autres acteurs français, nous nous sommes rapidement orientés vers l’étranger en adressant les connexions tokenisées de Visa et Mastercard, sur des marchés où aucun autre réseau d’acceptation n’est présent. Par ailleurs, nous avons été parmi les premiers à être connectés au Hub Digital de CB. »

NB : « Nous avons une expertise en matière de sécurité qui fait notre spécificité, de même que notre connaissance de la tokenisation dans tous ses cycles. »

« Nous avons à la fois les caractéristiques d’une start-up en termes de réactivité, et la solidité des process d’une grande société industrielle. »

TG : « Nous avons d’ailleurs été choisis par de grands groupes bancaires européens pour ces raisons : notre niveau de sécurité, notre expertise technique, la qualité de nos process et le sérieux de nos opérations.  

Au-delà de ça, nous avons conçu notre produit comme un produit unifié, avec un seul et même SDK sur la partie NFC et Authentification Forte. Et contrairement à d’autres sociétés qui font du paiement mobile NFC en marque blanche, nous avons fait le choix d’avoir un produit totalement imbriqué, que nous pouvons activer ou désactiver en fonction des besoins. A notre connaissance il n’existe pas d’autres solutions techniques de ce type sur le marché.

Au lendemain du 14 septembre, date à laquelle sont entrées en application les règles d’authentification forte des transactions, comment voyez-vous évoluer le marché européen ?

TG : « De notre point de vue, l’Europe avance en ordre dispersé. D’un côté la France avance lentement ; de l’autre, les pays nordiques sont déjà opérationnels ; et dans l’intervalle, les autorités locales ont fixé une myriade de dates de report pour assurer des périodes de transition.

Globalement, il va y avoir une transition jusqu’à fin 2020 suite au dernier avis de l’EBA. C’est le moment pour les banques d’investir dans une solution cohérente, quelle que soit la technologie choisie. Du point de vue de la fluidité du parcours client, il est certain que cette mesure bouscule les habitudes. Pourtant, si l’ensemble des acteurs se met d’accord sur des solutions cohérentes pour chaque cas d’usage, la DSP2 devrait être bien adoptée. »

« Sur la mise en œuvre des règles d’authentification forte, l’Europe avance en ordre dispersé. »

Selon vous, quel sera l’impact de cette mise en application sur les parcours clients ? Les commerçants sont montés au créneau récemment pour signaler leurs craintes face au manque de communication vis-à-vis des clients finaux notamment…

« Il y a deux aspects à ce problème. D’un côté, il y a l’intégration technique, à laquelle nous répondons avec une solution qui s’intègre assez bien au parcours client. De l’autre, il y a la nécessité d’habituer les clients à ce changement. Nous ne pouvons pas arriver au jour J, en déployant une solution sans pédagogie.

C’est dans cet objectif que BNP Paribas a déployé la clé digitale. L’idée étant que si le client n’y arrive pas, la banque peut toujours utiliser le SMS. Prévoir cette transition est donc indispensable. Aussi ergonomique que soit la solution, il y aura toujours des clients réfractaires ou qui mettront plus de temps à s’approprier la solution. 

Il faut donc prendre le temps de travailler le parcours client et de le tester. Nous l’avons vu avec l’implémentation de solutions comme Google Pay ou Apple Pay. Les utilisateurs vont préférer utiliser ces produits, non parce qu’ils sont plus sécurisés, mais parce que l’expérience utilisateur est simplifiée. »

« Aujourd’hui, les clients veulent de la simplicité et les banques de la sécurité. »

Quelles sont les tendances en matière d’authentification ? La biométrie progresse-t-elle rapidement ? Pourrait-on imaginer qu’elle remplace à terme les autres facteurs d’authentification ?

NB : « La biométrie est incontournable aujourd’hui du fait de la demande client. Nous suivons avec attention les retours sur les galeries d’applications. Certains de nos clients ne permettent pas l’authentification biométrique et nous constatons que c’est une source d’insatisfaction pour l’utilisateur.

A l’inverse l’un de nos clients a lancé une solution qui fait coexister la biométrie et le code PIN, suivant la compatibilité du téléphone. Il a monitoré ses usages et constaté que les personnes qui disposent de l’authentification par empreinte digitale utilisent beaucoup plus son service que ceux qui ont le code PIN. »

Quels sont vos projets ou vos développements pour les mois à venir ?

TG : « Aujourd’hui nous sommes dans une phase active d’implémentation des règles d’authentification forte de la DSP2. Nous avons aussi de plus en plus de projets de connexion avec des processeurs de carte sur la partie 3D-Secure.  

En termes de développement, nous allons rester cohérents sur nos trois briques de service en 2019. Nous avons atteint la rentabilité et notre chiffre d’affaires sera au-delà de deux millions d’euros cette année. »

 

 

 

 

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