Europe des paiements : quelles réalités ?

Europe des paiements : quelles réalités ?

Longtemps attendu comme étape primordiale de l’harmonisation du marché des paiements, après le passage à la monnaie unique, le Single European Payments Area (SEPA) est désormais installé. Au lendemain de cette migration emblématique pour le marché des paiements et à la veille de nouvelles évolutions en Europe sous l’effet des travaux et réflexions axés sur l’instant payment ou encore l’open banking, une question demeure centrale : quelle évolution pour l’Europe des paiements dans un marché désormais transfrontières et globalisé ?

34 pays, deux nouveaux moyens de paiement installés – SEPA Credit Transfer et SEPA Direct Debit – ainsi que des réflexions sur l’émergence d’un nouveau modèle : le paiement instantané (instant payment), ayant déjà fait ses preuves dans certains pays à l’échelle nationale comme le Royaume-Uni avec son Faster Payments… L’Europe des paiements est un concept prometteur pour l’évolution du secteur.

Les pouvoirs publics et professionnels du marché l’ont bien compris, ayant défini, en 2015, une stratégie nationale des paiements qui a débouché, en 2016, sur la création du Comité national des paiements scripturaux (CNPS) réunissant les acteurs de l’offre et la demande et œuvrant en lien avec l’Euro Retail Payments Board (ERPB) pour réfléchir à l’évolution des outils en France.

Un challenge des plus complexes lorsqu’on réalise qu’en plus des divergences liées aux habitudes de paiement dans les différents Etats membres, les acteurs concernés et représentés – en l’occurrence tous les maillons de la chaîne du secteur des paiements – ont des intérêts et des regards naturellement distincts sur les évolutions en cours, à l’image des business models ou encore des questions sécuritaires. Nul ne peut nier, néanmoins, l’importance des points de convergence qui se veulent un réel moteur des évolutions.

Défis et points de convergence

La sempiternelle question de l’évolution des moyens de paiement dits « traditionnels » est l’un des sujets qui semble motiver tous les acteurs de la Place. Quid de l’évolution du chèque dans le paradigme européen ? Moyen de paiement certes toujours apprécié par les consommateurs particuliers et entreprises mais national par essence et dont le déclin se veut inexorable. Ajoutons à cela la problématique des coûts de traitement et la question sécuritaire, qui pousse certains acteurs à lui préférer des outils dématérialisés.

Une description similaire peut être appliquée au sujet des espèces, à la différence que ce moyen de paiement semble indispensable au vu des consommateurs et représente des enjeux sécuritaires considérables, notamment dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme. Rappelons, sur ce sujet, la définition d’un plafond de 1 000 euros qui n’a pas été sans effets sur certaines professions. Dans ce domaine, les pouvoirs publics sont clairs : les paiements en espèce représentent un risque dans le cadre du blanchiment de capitaux et financement du terrorisme et ce, en dépit des us et coutumes de certains pays, particulièrement utilisateurs de ce moyen de paiement, à l’image de l’Allemagne.

De même pour la monnaie virtuelle et le très célèbre Bitcoin, tous les Etats membres concordant sur le fait qu’il s’agit d’un actif plus que d’une réelle monnaie, et que son aspect spéculatif et non régulé implique bien des dangers pour les consommateurs qui souhaiteraient s’y lancer. A l’échelle nationale, Bercy a récemment chargé Jean-Pierre Landau, ancien administrateur du FMI et sous-gouverneur de la Banque de France, d’une mission sur le sujet. Preuve qu’une réglementation nationale et européenne – sinon globale – se veut à ce jour plus que primordiale.

Dès lors, comment remettre en cause l’importance de l’Europe des paiements dans l’évolution de l’écosystème, notamment face à l’émergence de nouveaux risques et à la présence d’instruments et acteurs par essence globaux ? Un maître-mot : l’harmonisation. Notamment des outils et infrastructures, mais également des textes, de façon à proposer un cadre aux nouveaux entrants souhaitant intervenir sur le marché des paiements.

L’importance de l’Eurosystème dans les réflexions sur les nouveaux outils, à l’image de l’instant payment, dont l’histoire reste à construire, est également à prendre en compte. Quels business models ? Quels marchés de niche ? Professionnels et consommateurs le diront, dans un contexte où, rappelons-le, la carte de paiement et la question d’un scheme européen face au patchwork de schemes nationaux et aux acteurs globaux Visa ou encore MasterCard demeurent un point d’interrogation. Preuve que la réalité de l’Europe des paiements reste à construire par les pouvoirs publics, les régulateurs, les acteurs de l’offre et la demande mais aussi, ne l’oublions pas, par les consommateurs qui eux seuls définiront les usages de demain dans un monde globalisé et dématérialisé.

 

Andréa Toucinho, consultante moyens de paiement et services financiers, ADN’co

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