Edouard-François de Lencquesaing : La réflexion de l’EIFR repose sur « la création d’un équilibre entre stabilité et croissance »

Edouard-François de Lencquesaing : La réflexion de l’EIFR repose sur « la création d’un équilibre entre stabilité et croissance »

Créé il y a dix ans, l’European Institute of Financial Regulation (EIFR) défend le concept de « smart regulation » essentiel à la poursuite des innovations sur le marché. Entretien avec son président, Edouard-François de Lencquesaing.

Pourriez-vous présenter l’activité de l’European Institute of Financial Regulation (EIFR) ? Quelle est la genèse de cette organisation ?

L’European Institute of Financial Regulation (EIFR) a été créé il y a dix ans sur la base d’un constat : l’existence de différends sur le sujet de la réglementation et l’importance de les régler complémentairement à de l’activité de lobbying, dont le côté catégoriel peut devenir source de décrédibilisation de la position des acteurs.

L’idée était alors que la régulation était excessive, en sachant qu’il subsistait une mauvaise compréhension du rôle des uns et des autres. Notre objectif était de créer un environnement de confiance entre régulateurs et régulés afin que chacun puisse remplir ses fonctions idoines. La réflexion de l’EIFR repose ainsi sur la création d’un équilibre entre stabilité et croissance, dans une optique de « smart regulation ». A ce titre, nous organisons une quarantaine de séminaires par an sur des sujets hétéroclites visant des échanges en termes de « best practices ».

Comment l’EIFR analyse-t-il le nouveau cadre réglementaire proposé sur le marché des paiements ?

Dans le paiement comme dans beaucoup de domaines technologiques, nous assistons à un élargissement de la chaîne sous la pression des innovations et de la régulation. Chaque fonction est ainsi en passe de s’approfondir, selon une vague de spécialisation.

"Sur le cas spécifique du paiement, nous observons que l’acte de paiement a tendance à disparaître et qu’une logique métier de services à valeur ajoutée apparaît."

L’exemple phare de cette tendance n’est autre que l’apparition du co-branding, il y a quelques années, manifestant une volonté certaine des acteurs de capitaliser sur l’image. Avec la DSP2, cette tendance s’intensifie avec comme aboutissement l’agrégation des données, reposant sur une image consolidée du profil financier des clients via une structure rassemblant les informations pour faire ressortir la valeur d’un service potentiel.

Face à cette tendance, il est important de mesurer le renforcement du risque lié à cet éclatement de la chaîne et à la multiplication des intermédiaires, sujet que tentent déjà d’adresser certains professionnels avec notamment un travail sur le KYC ou encore la volonté de s’appuyer sur les technologies de demain à l’image de l’intelligence artificielle. Les débats sur l’accès aux données suscités par la DSP2 sont également primordiaux, comme le démontre la volonté française de créer un API standard basé sur un accès sécurisé à la data bancaire.

Quelles sont selon vous les potentialités de la blockchain pour le secteur de la banque et des moyens de paiement ?

La blockchain est une nouvelle technologie aux dimensions multiples et peut avoir des effets complémentaires à l’informatique classique. Elle ne peut être un miracle et gommer la complexité de certaines fonctionnalités comme par exemple la capture des données pour le process KYC. Elle peut avoir une valeur dans l’échange sécurisé de ces données entre plusieurs acteurs. De la même manière que l’intelligence artificielle, elle est porteuse de nombreuses expectatives pour le secteur mais Il est encore un peu tôt pour évaluer son impact pour le secteur des paiements.

D’un point de vue géopolitique, de nombreuses évolutions caractérisent actuellement la Place financière européenne. Comment analysez-vous ces éléments ? Quels sont selon vous les pôles qui tireront leur épingle du jeu ?

Un vrai sujet caractérise actuellement le marché européen : l’impact des nouvelles technologies  sur la structuration des services financiers. Ce phénomène existe dans toutes les industries avec le passage d’un système centralisé à de nouvelles répartitions dans une logique de délocalisations et de rapprochement des entreprises et des consommateurs. L’enjeu est la bonne répartition des services financiers dans une logique « customer driven » et non « finance driven ». L’importance pour l’Europe n’est donc pas d’abord  la  concurrence entre places financières mais le bon équilibre des services financiers sur le territoire européen.

Quelle est votre analyse sur les prochaines tendances à venir dans le secteur des paiements ? Quels sont selon vous les prochains enjeux réglementaires que les acteurs devront affronter ?

"Un constat s’impose : les fonctions traditionnelles sont en retard face à la qualité du  service client."

Ainsi, les banques ont une approche  généraliste de la segmentation et du service client. L’éclatement de la chaine d’acteur et les nouvelles technologies vont conduire à une segmentation beaucoup plus fine des clients et à un approfondissement des services. Face aux acteurs spécialisés, les banques devront alors affiner leur stratégie de sélection des segments de clientèle et d’adaptation des services.  De la même manière, du point de vue de la règlementation européenne, les 42 directives ont été dominées par la priorité de la stabilité. Il a manqué à l’Europe la vision stratégique. Il est donc important d’aborder, comme le font les Américains, cette nouvelle phase d’ajustement dans un cadre plus stratégique d’équilibre entre supervision et financement de la croissance.

Propos recueillis par Andréa Toucinho, consultante moyens de paiement et services financiers, ADN’co

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