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Interview exclusive : « La blockchain constitue la prochaine révolution »

Après avoir été trésorier de Leroy Merlin et pris la parole dans de nombreux événements professionnels pour porter la voix des acteurs du commerce, Xavier de Lavit, désormais trésorier de Natural Security, apporte sa vision des innovations caractérisant le marché des paiements.

Après avoir été trésorier de Leroy Merlin, vous participez à l’initiative Natural Security reposant sur les innovations liées à la biométrie. Quelle est la situation de cette offre en ce début d’année 2018 ?

Natural Security est arrivé en phase de déploiement. Ainsi, nous disposons de brevets et des accords de la Cnil sur le sujet, en sachant que la solution est bien évidemment conforme aux RTS de la DSP2 et elle est un élément de réponse pour la RGPD. Natural Security est actuellement envisagé comme un hub, une offre de services dédiée à tous les fournisseurs de services ayant des besoins en termes d’authentification multicanal, qu’il s’agisse de paiement, de fidélité ou encore d’accès - et plus uniquement dans le domaine biométrique. L’objectif est de créer une alliance au service d’une communauté.

Avec quelles organisations travaillez-vous ?

Nous avons démarré une collaboration avec le campus de l’Edhec en plus des restaurants d’entreprise comme Auchan et bientôt Leroy Merlin. Ajoutons à cela le fait que notre solution est également disponible dans les restaurants des banques françaises et dans des magasins de la grande distribution, à l’image d’Auchan en Roumanie et bientôt en France.

Quels axes de développement prévoyez-vous cette année, au regard des travaux et réflexions des entités financières et régulateurs ?

L’une des grandes actualités de ce début d’année 2018 est sans conteste l’application de la DSP2 et des normes sécuritaires définies par les RTS. Natural Security est déjà conforme à ces règles. Ainsi, la solution propose des systèmes d’authentification sécurisant l’entité financière sur le fait que le client est bien celui qu’il prétend être. Reste désormais à poursuivre le déploiement de la solution, qui sera progressivement enrichie de services à valeur ajoutée restant à définir.

En tant qu’ancien trésorier d’un groupe lié à la distribution, quelle est votre vision des évolutions liées au marché des paiements, notamment sur les aspects réglementaires phares que sont la DSP2 et le RGPD ?

Ces évolutions sont à mon sens fondamentales. Etant, comme vous le rappelez issu du monde du commerce, le respect du client et de son anonymat restent une grande priorité. Il est donc important de fournir ce type de service à tous, en totale opposition avec le monde des GAFAMA qui vivent sur la commercialisation des données clients glanées. Côté Natural Security, le sujet de la data est primordial et nous sommes conformes au RGPD : nous ne connaissons pas l’identité du client et ne disposons pas de base de données clients.

Quelle analyse dressez-vous de l’évolution des règles en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ?

Elles sont également fondamentales ! Beaucoup de terroristes arrêtés étaient en possession de cartes prépayées anonymes. D’où l’importance de l’authentification. N’oublions pas que ce sujet impacte également l’utilisation des espèces, qui constitue un gros sujet de Place. Le KYC revêt dans ce contexte un rôle primordial.

Quelles sont selon vous les potentialités de la data pour le secteur des paiements ?

Lorsque nous observons ce que les géants américains sont capables de faire en termes de commercialisation des données, nous ne pouvons ignorer que ce segment constitue une manne financière considérable ! Le potentiel de la data et de l’intelligence artificielle est ainsi extrêmement important mais il constitue également un danger et une véritable question éthique.

Comment percevez-vous les innovations liées aux technologies de demain que sont l’intelligence artificielle et la blockchain ?

A l’image de l’intelligence artificielle, la blockchain constitue à mon sens la prochaine révolution, après le phénomène Internet dans les années 2000. Cette technologie va ainsi permettre de désintermédier différents secteurs d’activité tout en garantissant une plus grande sécurité des échanges. Bémol : le point de départ à savoir l’entrée dans la blockchain qui n’est pas sécurisé mais peut tout à fait être couplé avec des technologies d’authentification forte à l’image de ce que Natural Security Alliance fournit.

Quid des potentialités des moyens de paiement nés de l’européanisation du secteur comme l’instant payment ?

Si le SEPA Credit Transfer et le SEPA Direct Debit ne constituent que l’harmonisation européenne de moyens de paiement existants en l’occurrence le virement et le prélèvement, l’instant payment représente une réelle évolution. Cette solution, à l’initiative de l’Euro Retail Payments Board (ERPB), se développe dans plusieurs pays et fait partie des projets du Comité national des paiements scripturaux (CNPS) mais reste envisagée de façon prudente par les banques françaises, soucieuses de protéger l’activité carte de paiement représentant pour elles, plusieurs milliards d’euros de revenus annuels. D’autant plus que le business model de l’instant payment n’a, à ma connaissance, pour l’instant pas encore été défini…

Quels sont, selon vous, les risques et opportunités suscités par les nouveaux acteurs ?

Le marché des paiements français et européen est historiquement la chasse gardée des banques et des pouvoirs publics français. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies et la réglementation, de nouveaux intervenants peuvent proposer des services, ce qui constitue une véritable mutation du secteur financier après l’apparition des banques en ligne au début des années 2000 puis des fintechs depuis une dizaine d’années. Partant du constat de la réaction des institutions financières, promptes à racheter ces nouveaux entrants de la fintech, on peut supposer que l’échiquier sera composé à terme d’une cohabitation entre tous ces acteurs. Le sujet des GAFAMA suscite, lui, d’autres enjeux, avec une puissance financière presqu’aussi importante que celle des Etats. Ainsi, ces entités disposent près de 1 600 milliards de dollars sur leurs comptes bancaires irlandais (Apple vient même d’annoncer qu’il était prêt à payer 38 milliards de dollars d’impôts pour rapatrier ce qui restera de ses 275 milliards de dollars …), soit une puissance colossale dont il faudra tenir compte. Je note d’ailleurs que les USA n’avaient pas hésité à démanteler la plus grande société pétrolière du monde il y a quelques décennies … puis ensuite le plus grand opérateur téléphonique du monde … j’attends donc avec intérêt les démantèlements des GAFAMA … ! Les USA en auront-il le courage ?

 

 

 

Propos recueillis par Andréa Toucinho